Dans le bras de fer entre les branches et les Régions, avec des évolutions du côté des organisations U2P et CMPE, l’Association Nationale des Apprentis France a rencontré le MEDEF (Florence POIVEY) et l’Association des Régions de France (ARF, Hervé MORIN) afin de connaître leur projet en faveur des apprentis.

 

Des postures de négociation qui se veulent irréconciliables mais qui auront à travailler ensemble à l’avenir

Chacune des deux parties, MEDEF et ARF, ont une vision commune : il faut un seul pilote. Les Régions ne veulent pas récupérer uniquement des morceaux de l’apprentissage. Quant au MEDEF, il ne souhaite qu’un seul pilote dans l’avion. Selon Florence POIVEY, il faut clarifier la situation et choisir entre une logique administrée ou d’offre/demande. Dans la vision du MEDEF, l’Etat et les régions seraient les copilotes, laissant l’orientation aux régions.

 

Offre/demande et administrée : deux visions qui s’affrontent mais qui devront être complémentaires

Donner les manettes des programmes et des référentiels aux branches permettra d’adapter les formations à la demande des entreprises. Néanmoins, il serait difficile pour le même acteur d’être à la fois employeur et contrôleur. Cette remarque n’est pas à négliger au moment où il est discuté d’étendre la possibilité aux mineurs de travailler jusqu’à minuit dans le secteur de l’hôtellerie/restauration. Dans ce cas, il est permis de se demander si les branches auraient le courage de hausser le ton face à des abus de la part d’employeurs. L’un des premiers arguments de défense des Régions est également pertinent : la loi de l’offre et la demande pourrait renforcer des inégalités territoriales d’accès à l’apprentissage, par des fermetures de CFA dans des milieux ruraux ou sensibles. Cependant, lorsqu’il est question d’aides aux apprentis et de qualité des politiques d’apprentissage dépendant de la volonté de chaque région, ce concept de service public uniforme sur le territoire n’est plus évoqué. Le MEDEF met en avant leur plateforme ToMyJob qui serait le guichet unique, y compris pour les aides.

 

Orientation et préjugés : bonnes volontés des deux côtés face à des réalités à surmonter

Du côté du MEDEF, l’attractivité passera par la promotion des métiers et de l’entreprise, avec la proposition que les enseignants puissent suivre leur formation par apprentissage et que les proviseurs réalisent des stages d’une à trois semaines en entreprise. L’efficacité de la stratégie du MEDEF se dessine à travers  une communication multicanale qui cible les jeunes. Travail fort de l’ANAF, dispenser une formation “Droits, Devoirs et Posture” aux nouveaux apprentis apparaît comme obligatoire pour chacun pour la réussite du parcours de l’apprenti. Les Régions veulent, de leur côté, enfin avoir les mains libres pour communiquer efficacement et mettre en place en 3ème des interventions de professionnels et des immersions en entreprises, ce qui rejoint la volonté du MEDEF. L’ARF veut optimiser l’utilisation des campus des métiers et des plateaux techniques, notamment pour les niveaux 4 -5 et pour un public transverse (EN, Pôle emploi, AFPA…).

 

Amélioration de la formation des apprentis et réduction des ruptures prématurées

Sur la question de l’amélioration de la formation, le MEDEF et l’ARF sont persuadés de l’intérêt du trio “apprenti-tuteur-maître d’apprentissage”, défendu par l’ANAF. Florence POIVEY précise qu’il faut former les tuteurs à l’accompagnement et les maîtres d’apprentissage à la pédagogie. Bien qu’ouvert au principe de droit à l’erreur de l’apprenti, l’organisation patronale souhaiterait, en retour, pouvoir se séparer de son apprenti lorsque cela se passe mal. Pour l’ARF, le taux de rupture actuel montre qu’il existe, de fait, une sorte de droit à l’erreur qu’il faut accompagner. Pour les deux, des passerelles devraient être créées et les compétences modularisées afin de rendre des changements de parcours plus simples. L’ARF souhaite également que l’apprentissage infuse dans les lycées professionnels.

A PROPOS DE L’ANAF
L’ANAF est la première structure en France de représentation des apprentis et de leurs intérêts. Elle a également pour but de promouvoir l’apprentissage auprès des étudiants et de leur famille. Son rôle se poursuit ensuite, puisque l’association renseigne, aide et accompagne les apprentis tout au long de leur parcours. En 2017, 390 100 jeunes ont porté intérêt à l’association. Elle fait partie du Conseil d’Orientation des Politiques de Jeunesses, placé auprès du Premier Ministre et du CESER Auvergne-Rhône-Alpes. L’association est reconnue d’intérêt général. www.francealternance.frfacebook.com/assoanaf@anaf_fr