Vendredi 9 février, Edouard Philippe a présenté 20 orientations pour la future réforme de l’apprentissage. Parmi celles-ci, 10 concernent les jeunes et les apprentis. L’Association Nationale des Apprentis de France détaille les points qu’il faut nécessairement améliorer pour un réel développement de l’apprentissage, énoncés lors de la réunion.

Orientation des jeunes

La proposition sur l’orientation manque d’ambition. Les Régions et le MEDEF, que l’ANAF a rencontré, disposaient de bien plus de volonté que les mesures présentées.  Il ne sera pas possible de relancer l’apprentissage sans réaliser une réelle orientation des jeunes. S’engager dans une formation par apprentissage, c’est s’orienter très fortement dans un secteur professionnel : c’est pourquoi les étudiants doivent avoir connaissance des métiers afin de faire un choix éclairé sur leur avenir. L’orientation est une compétence que les Régions devraient récupérer, elles auront alors un travail important à réaliser en partenariat avec les entreprises. L’ANAF a alerté le Premier Ministre, durant la réunion, sur ce point indispensable pour une augmentation du nombre d’apprentis, couplée à une baisse des ruptures prématurées de contrats.

 

Aides aux apprentis

Bien que très faible, la revalorisation du salaire des plus jeunes reste une bonne chose. Cependant, les apprentis sont surtout en attente d’aides concrètes sur leurs problématiques quotidiennes concernant le logement et le transport. Le versement de 500€ pour le permis de conduire est une bonne mesure (déjà proposée par certaines régions) mais il faut également se soucier des apprentis mineurs qui cumulent de nombreuses difficultés, notamment celle de la mobilité. L’aide devra être étendue pour l’achat d’un deux-roues ou pour des trajets en covoiturage. De nombreuses formations nécessitent l’achat de matériel (outils, livres…), il faut aussi accompagner les jeunes dans ces investissements.

 

Assouplissement de la règlementation

Concernant l’assouplissement de la réglementation dans certains secteurs, il faudra nécessairement que le CFA soit un garde-fou de pratiques abusives. Couplé à cela, il faudra reprendre la proposition du rapport Brunet pour le module de présentation des droits et devoirs de l’apprenti durant la rentrée scolaire. Le droit à l’erreur de l’apprenti a été reconnu : ce fût une proposition de l’ANAF (possibilité de démissionner), couplé au maintien des cours à l’école durant 6 mois. Pour la rupture à l’initiative de l’employeur, la réunion préalable doit inclure le CFA, c’est indispensable dans la relation tripartite instaurée depuis le début de la formation.

 

Suppression de la case prud’hommes

L’exonération du passage aux prud’hommes pour rompre le contrat vient officialiser une situation de fait : celle de la réalité du terrain où peu d’affaires arrivaient jusqu’à cette étape. Jusque-là, des tractations mettaient l’apprenti sous diverses pressions pour conclure à des solutions à l’amiable, pas toujours bien négociées par l’apprenti. En retirant l’obligation du passage aux prud’hommes, c’est l’officialisation des négociations. En prévision des pressions de l’entreprise et d’un soutien relatif d’un CFA piloté par les branches, il sera dès lors plus que nécessaire de se porter vigilant, notamment à travers des dispositifs d’aide à la représentation et de soutien aux apprentis qui pour le moment sont trop peu développés dans cette réforme.

Prévoir des passerelles pour le supérieur

A l’occasion de la réunion, l’ANAF a rappelé qu’il était indispensable de créer une passerelle pour inciter les apprentis BAC+2 à se diriger vers des diplômes BAC+5 (niveau I). Actuellement, trop peu d’apprentis BAC+2 continuent vers un BAC+5 à cause de l’écart trop important et de la sélectivité de certaines écoles. Il faut créer un SAS de remise à niveau durant le BAC+2 ou après le BAC+2. Les acteurs débattant sur cette réforme, n’ont eu de cesse de parler de filière “d’excellence”. Il est donc temps pour chacun d’assumer ces paroles en validant opérationnellement cette ambition.

Pédagogie et place de l’apprenti au sein des CFA resteront les conditions d’une réussite de cette réforme

L’ANAF tient à rappeler que derrière cette réforme, c’est bel et bien le travail de terrain et notamment le dialogue pédagogique qui permettra d’améliorer les chances de réussite de cette filière. Sur cette thématique, le travail ne fait que commencer et il faudra dès lors rester plus qu’attentif à ce que l’on ne reste pas dans un statu quo une fois le rideau médiatique baissé de la bataille des compétences “branche-région”.  Aussi et surtout,  il est à déplorer qu’aucune mesure présentée ne permettra d’améliorer l’expression des apprentis. Quitte à se passer d’un point de vue indispensable pour la réussite des suites de cette réforme.

 

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